Et d’abord, pourquoi toute la société des précaires, des bas-salaires et des gros rouleurs urbains ou ruraux se rassemblent aujourd’hui encore. La contestation lycéenne est parti dès le 21 septembre du Lycée St Exupéry à Créteil avant d’agréger le soutien des enseignants et des parents pour défiler mardi 6 octobre (266000 partout en France). Puis d’exploser lors des manifs nationale le 17 octobre avec les revendications des « gilets jaunes ». Deux dates clés, trois samedis rouge qui ont fait basculer la jeunesse dans la rue. Voilà pourquoi le film « La Gradiva » de Marine Atlan crève l’écran. Texte de l’éditorialiste de Challenges et critique de France info.

Pendant tout le voyage, les lycéens attendent les résultats de Parcoursup sur leurs portables. Oui, ils sont « inquiets », « stressés », « angoissés », « anxieux ». Et alors ? Une anomalie ? Un scandale ? Le rôle des politiques est-il d’abolir l’angoisse qui préside à tous les rituels sélectifs qui balisent l’entrée dans la vie active ? Le film « La Gradiva » de Marine Atlan, qui suit un groupe de lycéens en voyage d’étude à Naples, tombe pile-poil.
Il raconte l’anxiété, voire la morbidité d’une génération. Mais aussi sa niaque et son réalisme. Et le public répond présent. Peut-être parce que la cinéaste va jusqu’à filmer contre ses à priori. Contre elle-même : ses élèves peuvent vouloir réformer Parcourssup mais pas l’abolir comme on le fait entendre.
Une prof nommée Vésuve dans la tourmente lycéenne
La vraie surprise, c’est que le héros du film est une héroïne. La prof de latin. Une amazone. Elle, la pédagogue, incarnée par la vibrante Antonia Buresi, met le paquet pour emporter ses élèves dans le dédale des fresques pompéiennes, dans le regard des ombres portées de la civilisation romaine, dans l’ivresse des dieux. Elle qui crève de solitude, mais hisse ses élèves sur ses épaules et devient géante.
Source: Guillaume Malaurie , éditorialiste à Challenges
La Gradiva est le premier long métrage de Marine Atlan, lauréat du Grand Prix du Scénario 2024, soutenu par la Fondation Gan et repéré par Le Monde « Une des plus belles surprises de Cannes ».Critique du film par Laurence HOUOT pour France info
« La Gradiva » : dans un premier film plein de grâce, Marine Atlan perce l’âme de la jeunesse d’aujourd’hui
(« La Gradiva » de Marine Atlan, en salles le 21 octobre 2026)
Le film nous embarque dans un voyage jusqu’à Naples et Pompéi sur les traces de la grande histoire dans les pas d’un adolescent en quête de vérité sur un secret de famille.
Avec ce premier long-métrage comme réalisatrice, la directrice de la photographie et scénariste Marine Atlan a décroché le Grand Prix à la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2026, puis le prix d’Ornano-Valenti au Festival du cinéma américain de Deauville. Ce premier long-métrage faisait aussi partie des cinq films présélectionnés pour représenter la France aux Oscars, au côté notamment de La Bataille de Gaulle. L’Âge de fer. La Gradiva sort dans les salles mercredi 21 octobre.
Des jeunes lycéens en classe de terminale partent en voyage scolaire à Naples avec leurs professeurs. Au cours de ce périple, ils découvrent Pompéi, ses fresques et ses corps pétrifiés par l’éruption du Vésuve. C’est l’année du bac et ils attendent ce que l’oracle Parcoursup va leur annoncer pour leur avenir. À l’orée d’une nouvelle vie qui s’ouvre à eux, ces jeunes gens sont aussi à l’âge des amitiés indéfectibles, des doutes, des questions, des premiers émois sexuels et amoureux…
Le film s’ouvre sur des photographies. Sur l’un des clichés, une famille immortalisée devant une belle demeure, sur un autre, le visage d’une jeune femme. On imagine des choses. On comprendra plus tard ce qu’elles racontent. En attendant, dans cette troupe de lycéens et lycéennes, on s’attache particulièrement à Toni (Colas Quignard), jeune homme plein de charme et de colère, qui attend de ce voyage bien plus que les autres.
Sa mère vient d’ici, de Naples. Employée dans une riche famille napolitaine, elle a perdu l’amour de sa vie, le fils de famille, lors du tremblement de terre de 1985. Désespérée, enceinte, elle a quitté le pays et s’est installée en France. Toni est le fruit de cet amour, et c’est lui qui raconte cette histoire à ses copains, fanfaron, dans le train qui les emmène vers Naples.
« Tout est sale en fait »
Ce voyage est pour Toni l’occasion de marcher dans les pas d’un passé qui n’est jamais vraiment passé, et dont il ne connaît que ce qu’on a bien voulu lui raconter. Toni est un peu à part, plus mûr, plus sombre et plus secret que les autres. Il est le meilleur ami du plus populaire des garçons de la bande, James (Mitia Capellier-Audat), au centre des conversations et des fantasmes des filles. Comme Toni, Suzanne (Suzanne Gerin), mal dans son corps, est un peu à l’écart des logiques de groupe. Elle sera celle qui saura saisir ce que Toni cache derrière son sourire de beau gosse et ses provocations. « Tout est sale en fait », lâche le garçon quand le rideau du roman familial finit par se lever.
« Il y a quelque chose dans le film qui tourne autour du vide et du vertige suscité par ce qu’on ne peut pas savoir, sur ce que l’on ne saura peut-être jamais, et par toutes ces vérités qui sont perdues. On est face à des personnages qui sont dépossédés », explique Marine Atlan dans un entretien à franceinfo Culture.
Le film dessine la jeunesse à travers le destin de personnages singuliers, avec leur propre histoire, leur propre trajectoire, mais aussi comme les représentants d’une génération, celle des lycéens d’aujourd’hui, qui subissent les turbulences du présent et les angoisses d’un avenir sans horizon. Cette jeunesse qui, depuis quelques semaines, est dans la rue.
En filigrane de ces moments de vie captés par la caméra, le film rend compte d’un déterminisme social toujours à l’œuvre. « J’avais envie d’aller questionner ce mythe de la méritocratie, de l’école émancipatrice, d’aller regarder ça frontalement », confirme la réalisatrice à franceinfo Culture. Mais s’il dessine une jeunesse d’aujourd’hui, le film est aussi traversé par des questionnements universels, propres à cet âge plein de doutes, le corps en ébullition.
« Le casting a duré deux ans »
Si cette fresque nous emmène sur les traces d’un destin singulier, celui d’un adolescent marqué par une histoire transfigurée par le récit familial, il nous emmène aussi dans les pas d’un passé plus collectif, celui des mythes et de l’Histoire, avec un grand « H, dans les ruines de Pompéi, et d’un héritage culturel que tentent de transmettre les professeurs à leurs élèves.
« Je crois que j’avais envie de raconter quelque chose de l’ordre de l’héritage, de ce qui se passe quand on a 17 ans, que l’on se sent tout-puissant et que l’on a une force de vie immense. Je voulais parler de ce moment où l’on prend conscience qu’on appartient à un temps plus grand que celui de sa propre vie et que notre histoire s’inscrit dans une histoire à la fois singulière, dans les généalogies, mais aussi collective », confie la réalisatrice dans un entretien à franceinfo Culture.
Comment saisir ce passé, si ce n’est par des récits, ceux que l’on raconte ou que l’on se raconte ? Cette question du récit, au cœur du film, est mise en scène dans une réalisation qui conjugue habilement un naturalisme proche du documentaire, et une approche plus romanesque, presque chimérique de la narration.
« L’idée était de faire jouer constamment l’imaginaire du spectateur, de la spectatrice, avec des mots, mais aussi avec la mise en scène, comme des plans sur un ciel bleu et l’apparition des nuages pour évoquer l’éruption du Vésuve », avance la réalisatrice à franceinfo Culture.
« J’avais envie d’aller questionner ce mythe de l’école émancipatrice » : Marine Atlan réalise « La Gradiva », un premier film remarquable sur des lycéens d’aujourd’hui
Le film, choral, est servi par une bande de jeunes comédiens, inconnus et prometteurs. « Le casting a duré deux ans : on est allés devant des lycées, dans des écoles de théâtre. J’avais envie de visages qu’on n’a pas forcément l’habitude de voir dans le cinéma français », explique la réalisatrice.
Marine Atlan ose le contre-pied d’une tendance à la vitesse, à l’efficacité d’un cinéma formaté par les séries. En imposant un rythme, celui d’un voyage dans lequel on se laisse porter avec bonheur, La Gradiva perce l’âme d’une jeunesse en quête d’un monde moins « sale », et nous bouleverse par sa justesse, son intelligence, sa beauté et son humanité. La Gradiva est un film qui ressemble à la vie dans ce qu’elle a de plus beau, de plus fragile, de plus tragique aussi. Une pépite.
Article rédigé par Laurence Houot
France Télévisions – Rédaction Culture
Publié le 18/10/2026
Source: France info
https://www.franceinfo.fr/culture/cinema/sorties-de-films/la-gradiva-dans-un-premier-film-plein-de-grace-marine-atlan-perce-l-ame-de-la-jeunesse-d-aujourd-hui_8237416.html
ApprofonLire.fr