Fausses couches et vraies chocs humains, les cinq livres qui dénoncent l’omerta et tentent l’auto-thérapie.

Si l’épreuve de la fausse couche nécessite parfois un accompagnement psychologique pour s’en sortir, lire un livre sur ce sujet banalisé peut devenir une thérapie. L’hebdomadaire L’Express passe en revue cinq livres qui dénoncent l’omerta que la société a écarté depuis bien trop longtemps.

De Michelle Obama à Lily Allen en passant par, plus proche de nous, Marlène Schiappa ou Adriana Karembeu : depuis quelques années, des personnalités publiques osent évoquer la fausse couche qu’elles ont subie. Leurs prises de parole, toujours qualifiées de courageuses, sont la partie émergée d’un iceberg dont on commence tout juste à mesurer la profondeur. Car, à mesure que le silence qui entourait jusqu’alors la question se fissure, des milliers de voix commencent à jaillir sur les réseaux sociaux, forums, dans les cercles d’amis ou familiaux.

L’une raconte comment elle a tenté de masquer ses contractions et les traces de sang sur sa chaise de bureau parce qu’un médecin avait décidé qu’une fausse couche ne nécessite pas d’arrêt maladie. L’autre décrit le choc de devoir tirer seule la chasse d’eau sur un embryon et la panique face aux litres de sang qui s’étalent dans sa salle de bains.

Nombreuses sont celles à s’être crues responsables faute de réponses à leurs questions. Si chacune raconte une histoire évidemment unique, et que toutes les femmes ne vivent pas cet événement comme un traumatisme, il ressort de leurs témoignages nombre de douleurs et points communs. La culpabilité, le manque d’informations et d’accompagnement, la solitude, voire la honte, alors même qu’1 grossesse sur 4 se solde par une fausse couche dans les vingt-deux premières semaines d’aménorrhées.

Dénonciation de l’omerta et de la banalisation

Ainsi, dans une tribune intitulée « Finissons-en avec l’expression « faire une fausse couche », parce que rien n’est faux, et que tout est vrai », parue dans Le Monde le 27 mars – et signée notamment par Geneviève Brisac, Baptiste Beaulieu, Muriel Robin ou Martin Winkler -, le collectif « Fausses couches, vrai vécu » s’élève contre l' »omerta autour des arrêts naturels de grossesse » et réclame une prise en charge adaptée. Il dénonce « le silence violent et insidieux », la banalisation par le corps médical ou encore l’absence de protocole et d’informations qui laisse donc « toute la place à la superstition pour nous désigner comme coupables de ce qui nous arrive ».

Soulignant que l’expression même « faire une fausse couche », culpabilise et invisibilise des femmes qui ne font que la subir, le collectif propose une série de huit mesures telles la mise en place d’une campagne nationale d’information multimédia ou la création d’un arrêt de travail 100% rémunéré de 3 jours ( à l’instar de ce qu’a récemment mis en place la Nouvelle-Zélande).

Parmi les signataires ou membres du collectif, cinq auteures qui ont récemment publié un ouvrage abordant frontalement le sujet. Une petite révolution tant ce dernier était jusqu’alors quasi absent des rayons des librairies. Toutes, ont vécu une ou plusieurs fausses couches.

Aucune ne savait à quoi s’attendre en étant brutalement éjectée du monde, plein de promesses, de la grossesse. Toutes, ont ressenti l’ampleur d’un vide intérieur comme extérieur que leurs livres tentent de combler. Mais chacune le fait à sa manière, portée par une singularité qui tient aussi bien à son expérience vécue qu’à son approche littéraire ou artistique. En résultent, une diversité de livres – romans, manifeste, témoignage, bande dessinée – et autant de portes d’entrée.

Le manifeste : Trois mois sous silence, par Judith Aquien

 » Deux enfants, quatre grossesses. Mais qui compte les grossesses ? Personne. Et c’est bien là que se noue le problème. Ce que l’on retient, ce que l’on recense, ce qui compte, ce sont les naissances. Ce que l’on oublie, ce que l’on dénie, ce qui ne compte pas, ce sont les corps qui les auront rendues possibles », écrit la philosophe Camille Froidevaux-Metterie dans une formidable préface au, non moins formidable, livre de la journaliste Judith Aquien. Avec Trois mois sous silence, elle est une des premières à se pencher sur la condition des femmes en début de grossesse. Et à dénoncer leur non prise en charge globale au moment même où cette dernière « est la plus difficile à vivre ». Vomissements, états dépressifs, fatigue extrême, angoisse d’une fausse couche, et , parfois, fausse couche réelle… : pour beaucoup d’entre elles, ces premières semaines, loin de la félicité tant vantée, ressemblent à un enfer.

Source: L’express
https://www.lexpress.fr/culture/fausses-couches-ces-cinq-livres-qui-liberent-la-parole_2173039.html

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