Les deux excellents films d’Antonin Baudry sur de Gaulle ( De Gaulle, l’âge de fer, De Gaulle, j’écris ton nom) ont donné envie à Raphael DOAN** de se replonger dans les écrits du général (Mémoires de guerre, au fil de l’épée) Une chose m’a frappé par contraste avec le discours politique actuel. Pour de Gaulle, tout est toujours simple, clair et évident. Non seulement sa propre stratégie est bien définie, mais le monde lui apparaît avec une limpidité totale.

Imaginez qu’on téléporte un président de la République actuel au 18 juin 1940, et qu’on lui demande de prononcer l’appel. Je le verrais bien ainsi :
Si la Seconde Guerre mondiale avait lieu aujourd’hui, tout le monde la décrirait comme immensément « complexe », « difficile à appréhender », avec des « enjeux multiples ». Mais pour de Gaulle, dès mai 1940, en fait dès 1933, tout était clair comme de l’eau de roche. Cette certitude revient sans cesse dans ses écrits. Le mot « évident » apparaît une centaine de fois dans ses mémoires, « il va de soi » plus de soixante fois. Il l’applique à la situation internationale dans l’entre-deux-guerres : « Il était clair, en effet, que le dénouement de la guerre n’avait pas assuré la paix.
L’art de la politique semble être devenu de rendre le monde plus compliqué qu’il n’est, alors qu’il devrait faire exactement l’inverse : chercher « le droit et le simple », comme dit Cicéron. Même quand de Gaulle, très rarement, reconnaît que « les affaires publiques sont aujourd’hui trop variées et trop compliquées pour être traitées autrement », c’est-à-dire ici sans délibération avec « ceux qui en connaissent les éléments et en assureront l’exécution », c’est aussitôt pour ajouter : « En ce qui les concerne, le risque réside beaucoup moins dans des ukases lancés du haut d’une tour d’ivoire que dans des examens sans fin dont aucune décision ne sort. »
La simplicité de vue gaullienne se traduit dans ses discours, qui vont toujours droit au but, c’est-à-dire des principes aux actions. Elle peut avoir l’air un peu rude. L’humanité de de Gaulle (qui n’en manque pas sous ses apparences étranges) ne passe jamais par la moindre expression rhétorique d’empathie : ce serait un détour confus. L’appel du 18 juin n’a pas le moindre mot pour les 50 000 Français qui viennent d’être tués au combat, par exemple, et il a raison. Il se concentre sur les quelques éléments matériels qui comptent : la France a perdu la métropole à cause de l’impéritie de son gouvernement et de son manque de blindés et d’avions, mais elle gagnera en s’appuyant sur l’Empire, sur l’allié anglais et sur l’industrie américaine, et il invite les militaires et ingénieurs français sur le sol britannique à le rejoindre. A force d’en célébrer le caractère historique, on oublie à quel point l’appel est bien écrit, avec une concision rigoureuse.
Imaginez … l’appel du 18 juin 2026, Je le verrais bien ainsi :
« Je voudrais tout d’abord remercier toutes celles et ceux qui, aujourd’hui encore, font la France au quotidien, pompiers, policiers, forces de l’ordre, mais aussi soignants et bénévoles, avec une pensée particulière pour nos militaires, dont je sais le désarroi dans ces heures difficiles.
Je pense surtout à nos soldats tombés pendant ces dernières semaines, qui ont livré leur vie pour notre pays. Je pense à leurs familles, à leurs veuves et à leurs parents, à leurs frères et soeurs, à leurs cousins. Je sais ce que représente la perte d’un proche et je leur adresse, au nom de la France libre, tout mon soutien.
Je m’adresse à vous ce soir en raison de la situation internationale et de ses conséquences pour la France et pour l’Europe et cela après plusieurs semaines d’action militaire et diplomatique. Vous êtes en effet légitimement inquiets devant les évènements historiques en cours qui bouleversent l’ordre mondial.
Je ne veux pas jeter le blâme sur celles et ceux qui ont été jusqu’ici aux responsabilités, parce que je combattrai toujours les solutions faciles et le déclinisme. Ce que je crois, c’est que, ensemble, nous pouvons refaire nation, si nous savons libérer les énergies de notre pays. Nous devons investir dans les technologies d’avenir, bombardiers, tanks, sous-marins, et la France a des talents que nous pouvons mobiliser. Je veux aussi adresser un message à nos compatriotes d’outre-mer, qui, loin du front, ont beaucoup à nous apporter.
Pour résoudre la crise qui frappe notre pays et notre Europe, je crois à la force du dialogue et du droit. Nous devons retrouver une grande coalition avec le Royaume-Uni et les États-Unis, parce que la crise ne s’arrête pas aux frontières de la France, et qu’aucun pays ne peut espérer la résoudre seul.
Face à ces défis et ces changements, il ne faut céder à aucun excès : ni l’excès des va-t-en-guerre ni l’excès des défaitistes. C’est ce en quoi nous croyons aussi pour défendre la démocratie, une certaine idée de la vérité, une certaine idée du respect dans nos sociétés, une certaine idée de la liberté d’expression qui n’est pas autour des discours de haine, une certaine idée de l’humanisme. C’est cela que nous portons et qui se joue.
Je demande donc aux forces vives du pays de venir nous rejoindre, parce que chacun d’entre nous réunis sera plus fort que séparément. Je crois à la force du collectif.
Alors nous ferons face, ensemble.
Merci. »
Source : Compte Twitter X de Raphael DOAN : https://x.com/raphaeldoan
Le film:Découvrir
Film de Antonin Baudry (Abel Lanzac) · 2 h 40 min · 26 juin 2026 (France)
Genres : Biopic, Historique, Guerre
Juin 1940. La France s’effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s’échappe vers Londres pour sauver ce qu’il reste d’un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n’a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n’est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l’ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l’Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance
Les livres de Charles de Gaulle:
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