Alors que tous les médias nous bombardent du déni national sur la dette de la France et les retraites, l’essayiste Chloé Morin pointe la solitude des gens. C’est le sujet de son dernier livre, Déliés, qui selon elle doit être un enjeu de la présidentielle. Et si c’était la principale conséquence de tous nos maux avec la santé mentale ? (Photo: © 2026 AFP)

« Nous sommes déliés », s’alarme l’essayiste Chloé Morin, qui décortique dans un livre « le système » produisant « de la solitude à tous les niveaux » et appelle les responsables politiques à se saisir de cette « question centrale » lors de la présidentielle.
Spécialiste médiatique de l’analyse de l’opinion et de la communication publique, Chloé Morin a décidé d’écrire « Déliés » (Editions de l’Observatoire), en se demandant comment « les comportements des gens dans les rues, les bureaux ou les logements avaient changé si rapidement ». Avec « le casque sur les oreilles », « les yeux rivés sur le téléphone » ou « en s’endormant en scrollant »…
Pour elle, le mot « solitude », employé dans de nombreuses études sur le phénomène, « ne dit pas exactement ce que nous vivons ».
« Les gens ne se sentent pas vraiment seuls. Ils sont connectés, joignables et même sursollicités. (…) Ils ne sont pas isolés du monde: ils sont saturés de monde », avance-t-elle.
Et, de ce fait, ils se trouvent dans « un état dans lequel on n’est ni seul ni accompagné, ni souffrant ni heureux, ni en colère ni résigné. On flotte. On s’occupe », poursuit-elle.
Chloé Morin, 38 ans, assume d’avoir écrit un livre hybride mêlant scènes de fiction, réflexions et propositions. Et revendique son indépendance: « j’aime bien faire des passerelles entre les disciplines, comme la psychologie, la sociologie ou l’économie, et de les faire se parler pour traiter un problème sous toutes ses facettes », explique-t-elle à l’AFP.
Déliés et « Encapsulées »
Or, « lorsqu’on détruit le lien, on finit par mettre en danger la démocratie et c’est le stade atteint aujourd’hui. On le voit partout, en constatant par exemple que la tolérance à la contradiction s’affaiblit », estime-t-elle.
Elle regrette que cette « question transversale » ne soit pas davantage prise en compte par les responsables politiques, « alors qu’elle devrait être au centre des débats de la présidentielle » du printemps 2017. Chloé Morin n’est pas la seule à s’en inquiéter.
Dans « Homo occidentalis » (Seuil), l’analyste politique Jérôme Fourquet et le psychologue clinicien Ruben Rabinovitch auscultent la bascule anthropologique en cours. Et se demandent: « comment s’y prendre pour ranimer la vie en société de telle façon que chacun retrouve le goût de vivre? ».
De son côté, le chercheur Paul Klotz appelle, dans « Le capitalisme de la solitude », une étude de la Fondation Jean Jaurès, à « lutter » contre « les forces du marché » qui « orientent la profitabilité vers la production de l’isolement ».
« La solitude est exploitée parce qu’elle est rentable », affirme-t-il, en visant les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).
Dans « Nos vies encapsulées » (PUF), le philosophe belge Pascal Chabot démonte la nouvelle « condition humaine » créée par l’usage généralisé des écrans, d’internet et de l’intelligence artificielle. Autant de « capsules » conçues pour « faciliter la vie » mais qui suppriment les rapports directs avec le monde.
« Sommes-nous encore capables de nous attacher? », s’interroge aussi l’essayiste Baptiste Detombe dans « La révolution affective » (Albin Michel), qui cite Stendhal: « L’homme est comme le lierre: s’il ne s’attache pas, il meurt ».
La députée LFI Clémence Guetté propose, elle, dans « Pour une politique de l’amitié » (La Découverte), de « penser autrement » en donnant un rôle central aux amis, pour lesquels seraient instaurés des droits nouveaux.
Source: TV5monde avec l’AFP
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