CANICULE et DESINFORMATION: Comment la désinformation climatique freine la transition écologique, l’action publique et notre démocratie ?

« Lutter contre la désinformation est un enjeu pour la transition écologique affirme Sylvain Waserman, le PDG de l’agence ADEME. Et d’ajouter , le climatoscepticisme a laissé place à une autre forme de doute, plus diffuse : le climatorelativisme ! Dans son édition de juillet 2026, le magazine de l’Ademe donne également la parole à deux scientifiques; David Chavalarias et Valérie Martin qui concluent « Les fake news freinent l’action climatique ».

 Celui-ci entrave tout autant, si ce n’est plus, la transition écologique : malgré un consensus scientifique solide sur l’origine anthropique du changement climatique, 28 % des Français estiment encore qu’il s’agit d’un phénomène naturel, non lié aux activités humaines (1). Cette croyance est entretenue par des campagnes de désinformation subtiles et moins facilement réfutables que la négation d’un phénomène devenu impossible à ignorer. En semant le doute sur l’urgence à agir ou sur l’efficacité des solutions proposées, ces campagnes justifient l’inaction. Elles freinent notre capacité à nous mobiliser collectivement pour le climat et pour notre santé, notre agriculture, notre industrie, notre pouvoir d’achat et notre qualité de vie.

La parole à Sylvain Waserman PDG de l’ADEME.

Traquer la désinformation ne peut pas être la seule solution : il est indispensable de replacer sans cesse la science à sa juste place dans le débat public et d’encourager le « fact-checking », qu’il soit réalisé par des journalistes (AFP Factuel, etc.) ou par des organes de l’État (Bercy décode, French Response, etc.). Il est également nécessaire d’agir en amont, de développer l’éducation aux sciences et aux médias, de former dès le plus jeune âge à l’esprit critique et, surtout, de favoriser la diffusion d’informations de qualité, rigoureuses et nuancées, dans un langage accessible et des formats attractifs, sur tous les canaux, notamment les réseaux sociaux.

L’ADEME est, de par la loi, mandatée pour lutter contre la désinformation climatique (cf. Code de l’environnement). Nous produisons des connaissances scientifiques fiables, sérieuses et indépendantes, que nous publions sur nos sites, en expliquant de façon rigoureuse et transparente les méthodes que nous avons utilisées. Journalistes, influenceurs, entreprises, collectivités, associations ou citoyens : tout le monde peut s’appuyer sur nos études, nos guides et nos articles pour trouver des informations vérifiées, comprendre les enjeux du changement climatique, trouver de l’inspiration pour agir, ou encore des moyens de concrétiser un projet. À l’heure où les institutions scientifiques comme la nôtre sont devenues la cible d’attaques, l’annonce par l’Élysée d’un plan national pour l’accès à l’information sur l’environnement et le climat pour cet été est un signal fort envoyé aux désinformateurs.

(1) Baromètre « Représentations sociales du changement climatique – 26e vague », ADEME, 2025.
(2) Observatoire des médias sur l’écologie (OMÉ), 2026.

« Les fake news freinent l’action climatique »,c’est la conclusion de David Chavalarias et Valérie Martin, respectivement mathématicien et directeur de recherche au CNRS et la Cheffe du service Mobilisation Citoyenne et Médias à l’ADEME. Éclairage et interview croisé avec le directeur de l’Ademe (photo)
David Chavalarias et Valérie Martin
Mathématicien et directeur de recherche au CNRS et Cheffe du service Mobilisation Citoyenne et Médias à l’ADEME
Comment la désinformation climatique peut-elle menacer nos démocraties ?
Valérie Martin: La désinformation climatique, c’est-à-dire la diffusion intentionnelle de faux contenus, arrive à créer le doute sur des faits pourtant bien établis. À force d’entendre que les solutions de la transition écologique ne servent à rien, des gens hésitent à rénover leurs logements ou à changer de voiture. Des élus reculent sur leurs projets ou décisions. Tout cela freine l’action climatique. Mais il y a plus inquiétant encore : la désinformation climatique est devenue un instrument d’ingérence pour des puissances étrangères souhaitant affaiblir les démocraties européennes. Il ne s’agit pas d’un fantasme : c’est l’Observatoire Défense et Climat, coordonné par l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) pour le compte du ministère des Armées, qui le dit dans une note publiée le 18 mai 2026.
David Chavalarias: En effet, suite à l’invasion de l’Ukraine en 2022, il y a eu une explosion de la désinformation climatique sur Twitter/X : en quelques semaines, le nombre de comptes climato-dénialistes y a été multiplié par six, et 80 % d’entre eux étaient par ailleurs des relais de la propagande du Kremlin. Leur mode opératoire est typique des opérations de Moscou : attiser la méfiance envers les institutions et amplifier les divisions au sein des démocraties pour les affaiblir. La crise énergétique due à la guerre a fait des sciences du climat et des politiques publiques des cibles de choix, pour préserver les intérêts de Moscou en tant que pétro-État, mais aussi inciter les citoyens à se révolter contre des mesures contraignantes, dépeintes comme idéologiques et liberticides. D’autres pays, les États-Unis notamment, ont aussi adopté ce type de stratégie.
Comment parvient-on à influencer l’opinion avec des idées qui vont à l’encontre de la science ?
D. C: Par des campagnes complexes et organisées, dont l’un des piliers est la contrefaçon de sites de médias traditionnels et la création de milliers de faux comptes sur les réseaux sociaux. En se relayant les uns les autres, ces derniers créent une foule factice à même de tromper certains internautes et les algorithmes de recommandation. Le Graal est d’être relayé par des médias traditionnels, en leurrant les journalistes ou en profitant de la complaisance de certains, pour blanchir la désinformation. Cela aide à semer le doute au-delà des sphères complotistes. À cela s’ajoute l’action d’autres acteurs ayant un intérêt économique ou politique à remettre en cause l’origine anthropique du changement climatique ou ses solutions.
Que peuvent faire les pouvoirs publics ?
V. M: Le meilleur moyen de lutter contre les fake news est de favoriser la diffusion de contenus de qualité.

Mais il ne faut pas négliger les craintes exprimées par les citoyens. Si la désinformation prospère, c’est aussi qu’une partie d’entre eux ne se sent pas entendue, a l’impression de subir les politiques publiques sans en voir les bénéfices. En plus de conduire des politiques plus justes, il faudrait que les discours des scientifiques, des décideurs et des journalistes montrent davantage que la transition écologique répond à tous leurs enjeux du quotidien : emploi, santé, pouvoir d’achat, etc.
Et que la désinformation fait tout le contraire.

D. C: Il est aussi essentiel de protéger les scientifiques, qui se font violemment attaquer quand ils rapportent leurs travaux dans l’espace public. Ces attaques visent à les dissuader de s’exprimer, donc à priver les citoyens d’une information fiable de première main, et les IA d’une base d’apprentissage solide. Et ça fonctionne ! Sur X, le nombre de contenus fiables a été divisé par deux suite à la suppression de la modération par Elon Musk fin 2022. Une cellule soutenue par l’État, pour soutenir les scientifiques et poursuivre en justice leurs harceleurs, aiderait à maintenir une production d’information de qualité.

(1) Observatoire Défense et Climat, 2026.
(2) David Chavalarias, Paul Bouchaud, Victor Chomel, et Maziyar Panahi. 2025. « From hashtags to hostility: global dynamics of climate denialism on Twitter in the post-Covid era ». Comptes Rendus. Géoscience 357 (G1): 369-387.

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