L’immigration en Europe est inéluctable et nécessaire, sont les conclusions du Comité d’action pour la Méditerranée (CAM) dans un rapport publié ce mercredi 1er juillet à l’occasion d’un séminaire coorganisé avec l’Institut du monde arabe (IMA) et l’Agence française de développement.Les Échos publie les chiffres clés et son article de fond par Richard Hiault**. Et de conclure, les ressorts de l’économie prennent le pas sur la politique.

« La démographie ne ment pas » : pourquoi les pays européens vont devoir augmenter l’immigration titre Les Échos.
Sans l’intégration de nouveaux immigrés, les pays européens vont voir leur population active se réduire. De l’autre côté de la Méditerranée, les jeunes peinent à s’insérer sur le marché de l’emploi. Des partenariats sont nécessaires, plaide le Comité d’action pour la Méditerranée. L’immigration en Europe est inéluctable et nécessaire. Si l’Union européenne (UE) veut encore être présente dans la compétition économique internationale, elle n’aura d’autre choix que de recourir à la main-d’oeuvre étrangère. C’est ce que défend le Comité d’action pour la Méditerranée (CAM) dans un rapport publié ce mercredi 1er juillet à l’occasion d’un séminaire coorganisé avec l’Institut du monde arabe (IMA) et l’Agence française de développement.
L’Europe, sans immigration, pourrait perdre jusqu’à 20 % de sa population en âge de travailler d’ici à 2050, avance l’étude. Selon la Commission européenne, sans l’arrivée de migrants, les pertes se chiffreraient à 15,6 millions d’actifs d’ici à 2050, et près de 25 millions d’ici à 2070.
La tâche s’annonce des plus rudes alors que les Européens n’ont jamais autant vilipendé l’immigration et favorisé la montée de l’extrême droite dans leurs pays. Mais la réalité démographique européenne est indéniable.
Dénatalité
Les pénuries de main-d’oeuvre se chiffrent déjà en millions d’emplois. Elles frappent de nombreuses professions allant des médecins aux ouvriers du bâtiment en passant par les informaticiens. L’Allemagne a ainsi déploré près de 500.000 postes vacants en 2024. L’Italie cumulait près de 260.000 emplois non pourvus dans les seuls secteurs du commerce, de la restauration et de l’hôtellerie en 2025.

L’Europe est effectivement entrée dans une ère de dénatalité. Son taux de fécondité a chuté depuis le début du siècle pour s’établir en 2024 à un niveau minimum historique de 1,34 enfant par femme, bien en deçà du taux de fécondité de 2,05 nécessaire pour assurer le simple renouvellement des générations.
La situation est inverse dans les pays d’Afrique du Nord. L’Algérie et l’Egypte affichent par exemple des taux de fécondité de 2,77 et 2,75 en 2023, même s’ils reculent eux aussi. Et leur population devrait augmenter respectivement de 36 % et 31 % entre 2023 et 2050.
Pénurie de main-d’oeuvre
« La démographie ne ment pas. Au regard de la pyramide des âges en Europe,nous aurons besoin de jeunes immigrés. Il ne fait aucun doute que les pays européens vont rivaliser entre eux pour attirer les talents. Cela a d’ailleurs déjà commencé », constate Hakim El Karoui, président-fondateur du Comité d’action pour la Méditerranée.
Quand l’Europe manque de main-d’oeuvre, les marchés du travail d’Afrique du Nord peinent, eux, à absorber tous leurs nouveaux entrants. Pour Hakim El Karoui, « l’Europe et les pays du Maghreb ont des intérêts convergents. Encore faut-il mieux organiser la migration de part et d’autre de la Méditerranée afin de ne pas entraver le propre développement du Maghreb ».
L’Egypte, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc sont en effet confrontés à une fuite des cerveaux massive.
Près de 80 % des médecins tunisiens, 80 % des ingénieurs informatiques algériens et un quart des ingénieurs marocains partent à l’étranger. « D’un côté, l’Europe a besoin de tous les talents et de toutes les énergies pour assurer sa prospérité. De l’autre, les jeunesses des pays du Maghreb, formées, qualifiée, sont en quête de perspectives. Il y a donc un intérêt mutuel à coopérer. La bonne réponse n’est pas dans l’appel d’air mais elle n’est pas non plus dans la fuite des cerveaux, qui serait néfaste au développement des pays partenaires. Ensemble, il s’agit plutôt d’organiser, en amont, de véritables parcours de formation, d’emploi et de mobilité mutuellement bénéfiques, de part et d’autre de la Méditerranée », ajoute Christophe Lecourtier, le nouveau directeur général de l’AFD.
Partenariats avec le Sud
Le CAM milite donc pour des partenariats avec les pays du Maghreb. Il s’agirait pour l’Europe d’y implanter des formations adossées aux besoins des industriels, de développer des doubles diplômes et des doctorats communs, et de mobiliser les entreprises comme cofinanceurs. Des fonds euroméditerranéens dédiés, associant banques de développement et investisseurs privés, sont également recommandés. « La question des compétences est au coeur des enjeux que nous abordons dans ce séminaire aujourd’hui. Nous savons que de nombreux travailleurs immigrés disposent de qualifications qui restent encore insuffisamment valorisées. Notre responsabilité est donc de mieux accompagner les parcours de formation, de mobilité et d’insertion professionnelle afin que chacun puisse mettre ses compétences au service de notre économie », confirme Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités.

Aujourd’hui en Europe, l’heure est bien à la recomposition des flux d’immigration. « Presque partout a lieu une révolution silencieuse où les flux liés aux demandes d’asile tendent à diminuer tandis que l’immigration de travail progresse », constate l’étude. Par exemple, l’Allemagne a mis en place une stratégie d’immigration par le travail qualifié à l’instar de son accord avec l’Inde, signé en 2022. En trois ans, il a fait de l’Inde le premier pays d’origine pour la migration de travail et d’éducation vers l’Allemagne.
L’économie rattrape la politique
Reste un problème de taille. Dans bon nombre de pays européens, des partis politiques anti-immigration voient leur audience progresser dans l’opinion publique. Que ce soit en Italie, en France, en Hongrie, en Autriche ou en Allemagne.
Mais, le cas italien est assez emblématique. Farouchement hostile à l’immigration, Giorgia Meloni, devenue Première ministre en 2022, s’est heurtée aux réalités économiques de son pays. Résultat : le nombre d’entrées d’immigrés est passé de 318.000 en 2021 à plus de 450.000 en 2024, pour pallier les pénuries de main-d’oeuvre. L’économie a semble-t-il pris le pas sur la politique.
Source: Les Échos par Richard Hiault pour Les Échos
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